Lecture 2020-4 : « Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Voilààààààààààààà, c’est fini ! Je viens de refermer le dernier Pierre Lemaitre et de mettre fin à une aventure de lecteur de 7 ans environ. Et je me sens un peu orphelin en me disant que cette brillante trilogie est désormais derrière moi. Mais quel plaisir vous avez pu nous apporter, M. Lemaitre ! En cela nous ne pouvons que vous être reconnaissants ! Car après Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie, c’est une fin en apothéose qui nous est proposée ici !

Fuir Paris avant l’arrivée allemande (4e de couverture)

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire, où la France tout entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Destins croisés sur les routes de l’exode

Après une arnaque inoubliable et une question d’héritage et de business rocambolesque, Pierre Lemaitre nous propose, dans ce tome qui vient clôturer sa trilogie de l’entre-deux-guerres, une véritable épopée sur fond d’exode. Comme à son habitude, l’auteur part de l’Histoire en la regardant par le petit bout de la lorgnette, saisissant ainsi quelques détails, quelques épisodes pour créer son propre univers. Car c’est l’anecdote voire l’anecdotique qui intéressent Pierre Lemaitre, faisant ainsi de lui un grand écrivain. Point de grandes scènes de combat ici mais plutôt des gros plans sur les méthodes de propagande françaises qui n’ont rien à envier à nos fakes news d’aujourd’hui ou la défense épique d’un petit pont (non pas « un petit pont de bois » mais on n’en était pas loin).

Ainsi plutôt que de retracer historiquement parlant les deux mois qui ont précédé l’invasion de Paris par l’armée allemande, l’auteur choisit de suivre 4 personnages « en fuite » ou « en quête » pour des raisons bien différentes que celles auxquelles on aurait pu penser. Louise Belmont, tout d’abord, que l’on avait découverte, enfant, dans Au revoir là-haut, après un épisode traumatisant, décide de se lancer dans l’élucidation d’un secret de famille, seul moyen pour elle de reprendre les rênes de sa propre vie. Le deuxième est Désiré Migault, sans doute le personnage le plus charismatique du roman, sorte de mythomane en puissance qui, par ses différentes « vies », se bonifie au point de devenir un être d’exception, extra-ordinaire. Du mensonge peut alors émerger la lumière et l’humanité. Et puis il y a nos deux acolytes, plongés au cœur du conflit : le sergent-chef Gabriel et son caporal, Raoul Landrade. Ce binôme vient rappeler, comme un miroir, le duo Maillard-Péricourt du premier volet. Gabriel et Maillard ont ce côté précautionneux, respectueux de la loi au point de paniquer au moindre dérapage, à la moindre sortie de route. Landrade et Péricourt, eux, d’une certaine manière n’ont plus rien à perdre alors ils osent. Quand l’un trouve sa revanche dans l’arnaque à l’art mortuaire, l’autre se débrouille, magouille et combine à tire-larigot. Et chacun trouvera un semblant de paix à travers le personnage d’une femme (Madeleine pour Péricourt, Louise pour Landrade). Ou comment boucler la boucle de ce qui restera pour moi une de mes plus belles lectures de ces dernières années.

Comme à chaque fois, vous retrouverez à la fin du roman l’ensemble de la documentation consultée par Pierre Lemaitre (preuve encore qu’il ne s’agit pas d’un travail d’amateur) ainsi que ses inspirations littéraires. A la manière d’Umberto Eco, chez Pierre Lemaitre, tout n’est qu’hommage à ses précurseurs. J’ai été, toutefois, étonné de ne pas voir apparaître le nom d’Irène Némirovsky dont l’influence semble pourtant bien présente dans la narration des scènes d’exode où défile toute la misère du monde en quête d’un Sud salvateur. Idem pour le personnage de Raoul Landrade qui, au début du roman, m’a fait un peu penser au Célestin Poux (incarné par le brillantissime Albert Dupontel) d’Un long dimanche de fiançailles. Bon là, je reconnais que le Raoul est bien plus complexe et plus torturé que le gentil Célestin.

Mes chouchous à moi

Il y en a tellement mais j’en retiendrai deux principalement. M. Jules qui, malgré son apparence rustre et imposante, se révélera d’une sensibilité extrême et d’un dévouement total envers Louise pour l’aider dans son expédition. Enfin, Désiré Migault qui d’escroc devient peu à peu l’une des plus belles figures de ce roman, l’image même du résistant qui, confronté aux prémices de la guerre et aux douleurs qu’elle engendre, se voit gagné par un sentiment profond d’humanité. On attribuera, toutefois, un accessit au personnage de Fernand, amoureux fou de son Alice et gradé au grand cœur.

Au final, un roman à ne surtout pas laisser sur sa pile à lire. Aussitôt acheté, aussitôt lu. Et pour ceux qui ignorent encore qui sont Pierre Lemaitre et sa trilogie « Les Enfants du désastre », vous êtes priés de vous rendre dès demain et au pas de course dans votre librairie la plus proche afin de combler cette lacune littéraire absolument impardonnable. Je finirai par un petit message à destination de l’auteur : M. Lemaitre, on vous aime alors revenez-nous très très vite avec, on le souhaite de tout cœur, une oeuvre tout aussi addictive que cette magnifique trilogie. Et encore, un grand merci à vous !

Pierre Lemaitre, Miroir de nos peines, Editions Albin Michel, 2020.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Abothine dit :

    Ta belle chronique me donne envie de me lancer dans cette lecture. Merci !

    Aimé par 1 personne

    1. Surtout lire les deux précédents avant d’attaquer celui-ci.

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